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L’improvisation est un exercice périlleux, qui sied parfois à merveille aux architectes sonores évoluant dans les sphères free-jazz/rock ou expérimentales du label For4ears. Cette façon de composer est nettement moins répandue dans les courants musicaux dérivant de l’étiquette « heavenly-voices ». Ce n’est donc pas sans une certaine appréhension que l’on glisse Improvisation in Ancient Greek Instruments de SPYROS GIASAFAKIS dans le lecteur. Et la surprise est de taille, les pièces maîtrisées et cohérentes, la réussite de l’expérience manifeste ! Maniant précieusement les instruments confectionnés par le luthier Nicholas Brass (lyre, piktis, keras et serofono), Spyros tisse une toile sonore dont la complexité réside plus dans le jeu que dans le résultat obtenu. Quand à ces arpèges, pincements et frottements de cordes viennent en plus se greffer les phonèmes émis par Christian Wolz, Evi Stergiou et Louisa John-Krol, l’extase est inévitable. Résolument plus dépouillé que DAEMONIA NYMPHE et plus aventureux que LOVE SESSIONS, ce nouveau visage de Spyros s’avère tout autant essence-ciel et un second volet serait le bienvenu !
A mi-chemin entre la dark-folk et l’indus-martial ICONAE marche sur les traces de leurs compatriotes CAMERATA MEDIOLANENSE : des vocalises féminines électrisent un fond sonore acoustique pesant tandis que les percussions enfoncent un peu plus le clou. Mais la comparaison ne s’arrête pas là sur Live at the Church of the Holy Ghost et pousse le mimétisme jusqu’au son crade, étouffé et approximatif de l’enregistrement. En cela, écouter un pirate des Camerata revient sensiblement au même (leurs chansons sont tout de même plus abouties), à moins que ne se soit glissée une petite erreur dans le catalogue ?.. Là où l’ALBIREON aurait mérité un format CD, ce premier jet d’ICONAE, aussi plaisant et percutant soit-il, aurait moins fait tache dans la série E4E.
Entre spleen automnal et transe chamanique, la poésie lyrique qui se degage de ...Of shadow & Its Dream nous ferait presque oublier que NEUTRAL n’en est qu’à son deuxième album. Presque, car le neo-folk romantique de cette formation russe s’enfonce par trop dans les sentiers sinueux de l’auto complaisance par malendroits (la reprise du « Sheath & knife » version SOL INVICTUS sent un peu le réchauffé, certains titres sont décidément trop longs...). C’est gracieux, agréable à entendre, interprété avec talent, mais manque encore un soupçon de profondeur pour vraiment se prendre à écouter le tout.
Bien que parues sur un autre label, les deux nouvelles productions du mage Carlos Boll méritent que l’on s’attarde dessus avec la plus grande attention. Avec son projet principal pour commencer, THE MYSTERY SCHOOL à qui l’on doit une des plus impérissables productions de Cynfeirdd, l’éponyme The Mystery School aux ballades folk suaves et chargées de mystères. Sorti chez Amplexus, Triangle of the Sun ne rompt pas avec cette aura énigmatique. Le thème, pour commencer, avec ses mathématiques solaires, mais surtout les trois morceaux qui le composent (produits par Kurt Lundvall - frère de l’artiste-peintre Tor Lundvall). La profondeur et la fluidité de ces compositions enveloppent l’auditeur dans un cocon ouaté pour mieux le transporter hors du temps, grâce à un son tout en équilibre dans un mélange de nuances de textures digitales et analogiques. « Moment of illumination » (7’04) ouvre ce voyage initiatique dans une veine proche de VIDNA OBMANA, JEFF GREINKE ou STEVE ROACH, puis les boucles se font écho et se diversifient sur « Volition of ah kinchil » (20’03), véritable hymne au soleil ou transcription sonore du lever de l’étoile du matin (on pense au Lucifer Rising de Bobby Beausoleil). Enfin, « Serving the gods » (16’17) plaque des percussions hypnotiques à tonalité ethnique sur des nappes évolutives de synthé glacé. Imprévisible, mais pas tout à fait hermétique. Une magnifique expérience d’immersion que ces paisibles morceaux ambiants.
Mais c’est surtout le projet DUPARC qui me donne envie de faire entrer Carlos Boll dans mon popthéon. Gordon Sharp (CINDYTALK, BAMBULE, THIS MORTAL COIL...), Ian Masters (PALE SAINTS, SPOONFED HYBRID, ESP SUMMER, PAIL SAINT...), Martyn Bates (EYELESS IN GAZA, MIGRAINE INDUCERS, TWELVE THOUSAND DAYS...), Rose Mac Dowall (SORROW, STRAWBERRY SWITCHBLADE, SPELL...) représentent en effet à mes yeux la quinte-essence de la pop ; chacun a su créer son univers propre et un son particulier - ne manquait à cette liste qu’un cinquième nom pour compléter la quinte. Voilà qui est chose faite, par l’entremise de la démo Twilight Fell From High Above, onirique et dépaysante, sans nulle piste superflue. Conçu à l’origine comme un travail centré sur le piano, DUPARC a muté au fil du temps en un consortium de bon goût et de diversité. Secondé par Samantha Guiness au chant, C.B. livre une musique teintée de surnaturel et défiant la pesanteur, jusqu’à atteindre une pureté quasi-religieuse présentée dans un écrin de poésie automnale. Tant et si bien qu’elle semble nous pousser à nous soustraire aux lois de la gravité inscrites dans notre enveloppe charnelle, s’adressant directement à notre esprit avec la grâce d’un THAT SUMMER et la fraîcheur d’un Tor Lundvall. Cette courte traversée de paysages bucoliques, monochromes mais plus accidentés qu’il n’y paraît, surprend par la clarté et la plénitude de ses contrastes - quelques soubresauts de batterie ou arpèges pluvieux de guitares venant parfois nous extirper délicatement d’une rêverie dans les jardins d’Eden que l’on souhaiterait éternelle. Chapeau bas.
