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Publié le : 25 mai 2004
V .004
kirlian camera + helium vola + estampie + rajna + argine + changes & cadaverous condition + harvest rain + sharron kraus + the iditarod + autumnfair + lithivm + atrivm carceri + gothica + desiderii marginis + raison d’être

Pour être franc, et malgré l’estime et l’amitié que je porte à Angelo, je ne retiendrai de Invisible Front 2005 que la présence de JARBOE sur « a woman’s dream ». Ceci dit, KIRLIAN CAMERA n’a rien perdu de sa verve ni de son onirisme computérisé. Pour tout dire, je pourrais reprendre une de mes vieilles chroniques de KC parue en son temps dans le zine [Prémonition] et l’appliquer à ce cd – et de constater que rien n’a changé depuis. Bon an, mal an…

Front hell-ectro toujours avec un projet parallèle (encore un !) de DEINE LAKAIEN et de QNTAL. Dans HELIUM VOLA Ernst Horn s’occupe de la composition des morceaux et Sabine Lutzenberger d’y apposer sa voix lyrique, parfaitement adaptée aux mélodies médiévalisantes. Tout ce que gagne leur second rejeton, Liod, en adaptant des structures mélodiques et des chants médiévaux à des sonorités contemporaines, c’est de sonner comme une copie conforme d’ENIGMA, ERA et co formatée à la scène grothisque. Et basta.

Débarassé de l’empreinte goth des DEINE LAKAIEN, ESTAMPIE s’attache à proposer un récital purement médiéval et dénué de toute pleurnichade théâtrale. Signum n’en demeure pas moins bileux et mélancolique par endroits, largement contre-balancé par une joie de vivre irrésistible et des passages plus festifs. La perfection à portée de main.

Officiant désormais en duo, RAJNA s’ouvre sur de nouveaux horizons là où l’on aurait pu redouter un repli sur soi. ViaHidden Temple le couple nous fait partager le flot tranquille du Nil, la luminosité qui se répand dans les allées des temples pharaoniques, les effluves egyptiennes... et in alexandria ego... Comme si cette invitation à un voyage tant sensitif qu’introspectif ne suffisait point, une plage video et un deuxième cd (réédition de la première démo + inédits... "kalos irtes"...) viennent enrichir ce digipack d’ores et déjà élégiaque.

Le Luci di Hessladen de nos chouchous ARGINE suit étrangement le chemin inverse, en opérant un retour regrettable vers leurs années Energeia et la candeur post-punk de leurs débuts adolescents ; label italien de cold-wave sympathique mais dont tous les groupes sonnaient "à la manière de..." Ainsi, en reléguant les instruments acoustiques au second plan au profit d’une guitare électrique usant frénétiquement de pédales wah-wah, les Napolitains marchent sur les plates bande-molles poppy des CURE (au pire) ou de leurs ancêtres DIAFRAMMA (au mieux). Une section rythmique soutenue, enjouée - limite niaiseuse, des envolées de violons prévisibles et des textes toujours aussi soignés et philosophiques (ouf, l’honneur est sauf) font de ce troisième album une curiosité plaisante, mais inégale lorsque comparée aux perles qu’étaient, sont et resteront Mundana Humana Instrumentalis et Luctamina In Rebus.

Même constat pour Robert N. Taylor, alias CHANGES qui partage avec les innomables CADAVEROUS CONDITION un 10’’ sur le label brun-brun Eis+Licht. Bien que fidèle au charme surranné d’une folle-quiche héroique, Time est gâché par des sons proches des SISTERS OF MERCY / SISTERHOOD. Alors certes, c’est fendard, mais à ce prix là autant aller voir un navet ricain au cinoche - tout aussi gras, et avec la différence l’on pourra s’empiffrer chez Mac’Dalle pour célébrer dignement l’événement !

Neofolk bis, HARVEST RAIN dévoile quatre nouveaux titres sur le 45tours The Evening & Devotion, limité à 300 copies pour 7 malheuros €ureux port compris (act fast !!! http://opn.free.fr). Depuis le mini-cd The Frost Comes..., point de grand bouleversement et nos oreilles conquises à l’avance savourent ces mélodies marécageuses sur lesquelles plane encore le spectre de Douglas IN JUNE. Et d’attendre vivement un premier véritable album...

Cela faisait un bout de temps que l’on attendait la suite de Beautiful Twisted, un de ces disques au charme renversant, éminemment personnel et original. Voilà qui est chose faite avec Songs Of Love & Loss (toujours sur le label australien Camera Obscura). L’amie SHARRON KRAUS n’a rien perdu de sa force de caractère ni de sa fragilité, comme le démontrent ces 13 péans pudiques. Si le banjo reste son instrument de prédilection, l’orchestration se trouve ici enrichie par l’adjonction de crincrins névrotiques, de guitares sèchement ménestrelles, de flutieau guère festif, de basses aquatiques au service d’une wyrd-folk appalachienne ; une pléthore de nouveaux venus qui sait toutefois s’estomper quand il le faut (les ballades rustiques et délicieusement folk, dans la veine d’une Shirley Collins) et n’ôte rien à l’univers clos de la douce - corbeaux, gibets, pendus, impasses, amours perdues sont là pour en attester. La production de Jeffrey (BLACK FOREST/BLACK SEA) cristallise ces polaroids sonores avec une efficacité déconcertante, hissant Sharron au niveau des Leonard Cohen, David Eugene Edwards, Joseph Budenholzer et autres Violent Femmes. B-r-a-v-o.

Sharron que l’on retrouve avec autant de bonheur (sinon plus, pour ma part) sur Yuletide, double-CD posthume de THE IDITAROD. Et nous d’en profiter pour vivement remercier Carin et Jeffrey, d’être apparus comme par enchantement au bon moment, d’avoir su raviver notre flamme mélomaniaque quand tout semblait aller à vau l’eau… Rien à redire sur les méandres maladives de leur wyrd-folk, folk du destin injustement interrompue par l’orlog. M’enfin, plutôt que de se lamenter sur la séparation d’un duo aussi talentueux et sensible, mieux vaut écouter en boucles ce testament superbement compilé. Outre donc la réédition des cdrs hivernaux que The Idies offraient à leurs proches (tirages confidentiels ne dépassant guère la 51aine de copies), on retrouve ici quelques pièces enregistrées en concert ou lors de sessions inédites avec miss Kraus… nous voilà donc rassurés : primo il reste encore plein d’éventuelles parutions discographiques (pourquoi pas un album live, ou la réédition de ces précieuses galettes vinyles regorgeant de merveilles et des titres inédits disséminés sur diverses compilations – reprises d’Eno, de Barrett, des Pearls Before Swine etc, et le poignant « where the cold wind blows »), secundo leurs mouvements tantôt complexes tantôt minimalistes résonneront encore longtemps au plus haut des cieux.

Et quitte à passer pour des papis passéistes, enfonçons le clou dans la plaie avec les Complete Recordings, 1986-1989 d’ AUTUMNFAIR, une des nombreuses parenthèses ouvertes par le regretté collectif SAVAGE REPUBLIC. La comparaison avec ceux-ci s’arrêtant à la pureté d’intention flagrante et aux soubresauts de post-punk tendu à l’extrême. Un rock sec, compact, glacial, caverneux avec un zest d’éther, synthétisant tout ce que l’on a pu aimer chez des labels comme Factory et 4ad. DIF JUZ, WOLFGANG PRESS, BIRTHDAY PARTY, COCTEAU TWINS, X-MAL DEUTSCHLAND, CUPOL versus JOY DIVISION, STOCKHOLM MONSTERS, CABARET VOLTAIRE, THE WAKE, ROYAL FAMILY & THE POOR, CRISPY AMBULANCE. QUE des bonnes choses.

LITHIVM et son Threshold To Disharmony incarne la problématique même du label CMI. A l’instar du 4ad des années .980s ou de la relève discutable de ce dernier par Projekt, le consommateur a une vague idée de ce sur quoi il va tomber. Au mieux : une surprenvershantise qui sera vite datée, au pire : un ènième fleuron mystico-glauque de musique à ambiance. Le projet monocellulaire orchestré par Gustaf Hildebrand aurait tendance à rentrer dans cette seconde catégorie. Une couche monolithique de bruits caverneux que viennent parfois ponctuer quelques samples vocaux malsains ou nappes glacées et lugubres de synthés bon marché - recyclage de la plupart des disques Cmi, entendue et réentendue ad nauseam. Une plongée en apnée dans les méandres d’une âme tourmentée, sans aucun intérêt (on lui préférera de loin les plages isolationnistes de Starscape, album solo de G. Hildebrand paru chez Cyclic Law). Mehr licht et basta !

Cellblock réunit tous les atouts pour subir les mêmes remontrances. Et pourtant, pourtant... la magie opère. ATRIUM CARCERI, alias Simon Heath, livre là une œuvre tout aussi introspective, presque indécente tant son intimité est mise à nu. Toutes les cellules de son cerveau ouvrent sur une noirceur poisseuse et des impasses. Le concept carcéral appuyant ce sentiment d’emprisonnement, d’étouffement, d’esseulement. Crissements de portes métalliques, bruits de serrure, murmures assourdis, murs, murs... un album de dark-ambient captivant, fait assez rare pour être souligné, à n’écouter qu’une fois, une fois, seulement.

Si le couple italien responsable de GOTHICA ne manque pas d’air pour nommer leur projet musical de la sorte, un tant soit peu d’inspiration leur fait en revanche défaut. The Cliff Of Suicide a beau être produit par Peter Andersson (RAISON D’ÊTRE) et corriger les faiblesses de leur premier cd, il n’en demeure pas moins linéaire (et non lunaire, ‘las...). Le comble pour une musique d’obédience néo-classique ! Percussions panorchestrales, voix étherlyriques, claviers précieux et menues envolées de cordes sont ici mis au service d’une poésie digne des premiers gribouillis d’un prépuce bear à qui l’on viendrait de faire découvrir les plaies de Bobo de l’Hère. Une copie certes appliquée et écoutable, mais quand ialdabaoth comprendra-t-on qu’il faut laisser les mânes de DEAD CAN DANCE en paix !?! Sous la couché épaisse de mimétisme on sent un potentiel qui ne demande qu’à déployer ses ailes et s’exprimer... gageons que leur troisième album fera honneur à ces belles promesses (sans quoi, il sera inutile d’insister).

Pas de profonds bouleversements non plus du côté de DESIDERII MARGINIS. En dépit d’un titre vindicatif, Strife prolonge les expérimentations solennelles de ses travaux antérieurs. Une cuillérée à soupe de religiosité, un sachet de rythmiques industrielles, un kilo de synthétiseurs, recette facile, résultat sans saveur que l’on compare souvent à RAISON D’ÊTRE.

A tort d’ailleurs, car de telles comparaisons sont une insulte au génie de Peter Andersson. Et de constater que son projet RAISON D’ÊTRE tient toujours la route. Depuis le temps, on aurait pu se lasser de ses glaciales liturgies électroniques... Eh bien non, c’est de nouveau religieusement que l’on accueille en notre saint l’arrivée de ce nouvel apocryphe sonore. De prime abord, Requiem For Abandoned Souls se veut conceptuel et se doit d’être savouré d’une traite, les cinq titres (d’une durée moyenne de 8 minutes, rassurez-vous) constituant une maxime nihilexistentielle : "In abandonned places/ the shadow of the soul/ disintegrates from within/ towards desolation/ becoming the void of nothingness." Ce sont des cloches d’église qui ouvrent les funérailles, vibrantes et terriblement physiques, puis cèdent la place à de plus discrets carillons, au souffle du vent, à d’épars cliquetis métalliques et surtout à cette marque de fabrique : le sample vocal à faire pleurer un revenant. Une seule voix, grégorienne, ralentie à l’extrême (plus désincarnée que déshumanisée), entonne sa plaintive litanie et entraîne l’auditeur dans sa chute. Vertige de l’âme... Les nappes naissantes d’Eve prennent alors le relais, vite rattrapées par une envolée magistrale mêlant chants sacrés et violoncelle d’une infinie tristesse. Puis, plus l’album progresse plus le sentiment de renfermement prend le dessus, suintant de chœurs monastiques étouffés au lointain, de clapotis caverneux, de mélopées spectrales, de sons grinçants. Cette désintégration interne achevée (et fort bien exprimée), place au minimalisme le plus radical, avant un final qui n’a rien à envier aux visions de l’ami Dante et ouvre sur un néant béant et illimité (si ce n’est sur la durée - les deux minutes de silence qui closent abruptement cette messe des défunts mal-aimés).