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Il est des périodes où l’envie d’écouter de la musique ou, plus laborieux encore, d’en causer relève de la torture. Ou, pour être plus clair, où votre humble serviteur n’a cure de se mettre dans les états d’esprit et de réceptivité requis pour l’écriture de chroniques musicales inspirées et justes. Là, en l’occurence, las de trimballer son baluchon de gauche à droite et devant répondre à d’autres impératifs (emménagement à l’étranger, nouveau travail, recherche de logement, fêtes de fin d’anaborté etc), il se voit contraint de réduire les ressentis suivants à la dialectique basique du "j’aime / j’aime pas" et de céder aux comparaisons hâtives ; bref, de torcher ces écoutes à la va-vite. Je m’en excuse bien bas. Et en moins, nous ne sommes meme pas le XXI, bou-ouh...
Maître-ès drones pateuses et alanguies, LUSTMORD extraie de ses cavernes une messe noire commanditée par l’Eglise de Satan. Le sujet ne prête pas à sourire et Rising (06.06.06) non plus. En raison de cette connotation ridicule, son damnambient perd de sa superbe, souillé par des râles d’outre-tombe plus pathétiques qu’effrayants. Il est d’autant plus regrettable d’assister au déclin de Brian Lustmord, qui se rabaisse ici au niveau de la légion de groupes acnéiques qui ont en vain cherché à imiter sa griffe. Au suivant !
A contrario, RAJNA s’offre une surprenante cure de jouvence avec Otherwise. Délaissant quelque peu les effluves tibétaines et mantras paradisiaques qui ont fait leur renommée, le duo hexagonal s’ouvre à des horizons plus limpides, lumineux et aérés, presque poppy. Ces nouvelles mélopées n’en sont pas moins oniriques et proches de la nature (chants d’oiseaux, rivière, pluie pianistique...) ; seule l’instrumentation s’enrichit pour entrer en compétition avec Kate Bush et Imogene Heap. Par contre, ayant réussi à s’affranchir de l’étiquette sous-DEAD CAN DANCE, il leur faudra prendre garde à ne pas tomber sous le couperet du sous-COCTEAU TWINS.
Véritable vivivivivier en matière de musiques médiévalisantes, l’Italie voit naître en hiver .005 une ex_tension du groupe CHIRLEISON : MEDUSA’S SPELL, duo jouant sur la polarité fésculine/maminine (une formule qui ne cesse de faire des e-mulets depuis DCD). Mais là où CHIRLEISON verse dans le paramystique et les alliturgies glacées, le Radeau s’applique à injecter de finéclaircies dans un décor plombé par les ruines de châteaux forts, candélabres, crucifix et autres crânes de vanité romantique. Ainsi, les huit "actes" qui constriturent ce Mercurial Behaviour ne sombrent pas irréméphistoment dans une dark-folk poussive et autres clichés damnambient que l’on serait en droit d’attendre (puisqu’ils ont signé chez Colle Moite Indigeste) ; en effet les actes III et V permettent d’oublier un instant l’ennui prodigieux en gorillant d’avant-âge les dés fins d’ORDO EQUITUM SOLIS.
Poursuivons la kubrique nécropologique avec les vénitiens de CALLE DELLA MORTE qui s’adressent autant adieu qu’ils nous livrent un ultime à dieu, comme pour confirmer le fait que ce sont toujours les meilleurs qui s’absenthent à eux-mêmes les premiers. Plus qu’une simple superposition des sonorités respectives d’AIN SOPH et INNER GLORY (leurs prés’édentées pharma-sions) ou une redite de leur predermier album, A dio adapte la pop italienne des années seicinquante à la sauce cabaret acoustique, joue la carte de la surprise complète ("cartoline dall’inferno" m’évoquerait presque un Simon Templar déguisé en punk au club Heaven), et chèque et mât. Un champ du signe grandissimo.
Et ce n’est pas sur le Cdr éponyme de KANNONAU qu’il faudra compter pour prendre la relève, ’las. Steve Von Till reprenant du OSTARA ou B’eirth prétendant faire partie de ORDO ROSARIUS EQUILIBRIO ? Vraiment ? Non, pas tout à fait, juste AND ALSO THE TREES reconfiguré par ORPLID.
B’eirth quant à lui poursuit ses pilgrimations solibataires, sans avoir à piller le répertoire d’autrui tant le folk pastoral qu’il a façonné avec IN GOWAN RING est intrinsèquement original et reconnaissable entre tous. Fortune & Folly, le deuxième volume de BIRCH BOOK joue la carte de l’ascétisme franciscain : des hymnes à la nature et aux astres d’une simplicité déconcertante. Humilité et pureté se dégagent du moindre accord de guitare, piaillement de flûtiau ou filet vocal réconfortant (voire des polyphonies malicornesques du meilleur effet). En s’accordant ainsi moins de digressions que sur le précédent volume, B’ captive l’attention jusqu’à ce que les dernières braises du feu de camp rendent l’âme.
Il est toutefois surprenant (pour ne pas dire consternant) de retrouver IN GOWAN RING aux côtés de l’intelligentsia europaïenne sur la compilation dark-volk Forseti Lebt dont les bénéfices seront reversés à Andreas FORSETI Ritter afin de couvrir des frais d’hopitaux et de lui souhaiter un prompt rétablissement (de son arrêt cardiaque selon les amateurs, de son inspiration selon les détracteurs). Ses camarades ont donc composé des titres inédits pour la circonstance (enfin à peu près tous - cette feignasse de Douglasse P. / DEATH IN JUNE se contente de modifier un ou deux versets diacoliques de "the death of the west" et de désarranger "rocking horse night"). Quand bien même chacun des participants s’évertue à mettre en relief sa différence et malgré certains qui feldpathent de petites merveilles (WALDTEUFEL, :OF THE WAND & THE MOON :), on constate au final une certaine uniformité - annonciatrice d’un ennui qui n’a rien d’existentiel.
D’Alle Magne Alle encore, la nouvelle recrue du label Athanor mise aussi sur les stéréos type DER BLOB. Privilégiant comme leurs conspirateurs/inspirateurs/aspirateurs/amateurs la quantité sur la qualité, GOLGATHA ne mérite guère que de vagues connes par raison lapidaire avec MENTAL MEASURETECH ou ALLERSEELEN (cd Kydos, Reflections On Heroism), INADE et CHANGES (single Icarus Ep), MOTHER DESTRUCTION et KARNNOS (cd Seven Pillars). Et ce ne sont pas les maigres contributions vocales sur un ou deux morceaux de Tony wakeford ou de Patrick Leagas qui relèveront le niveau.
Patrick Leagas alias O’Kill alias Mère des Structions alias untiers de DEATH IN JUNE qui revient justement hanter les denses sols de bacchanales europaïennes avec Headless, double album rattrapant allègrement la (trop) OBlongue hibernation de SIX COMM. En tout et pour tous 19 lésions hiatales de haute facture. Seulement, là où SIXTH COMM se contentait de reprendre le flamburden de son précédent groupe et de décliner sur un mode electro-dark des hymnes tels que "state laughter" ou "doubt to nothing", le nouvel opus ne manque pas de faire référence au passé des RUNNERS FROM 84 à DEATH IN JUNE, mais en filigramme (surtout sur les nomminés du cd bonnux : "like a death in june", "kalashnikov is my friend", "drown by faith"...). Du coup, la beauté glaciale des marches militaires d’antan se voit sublimée par une technologie finement intégrée et appropriée. Ainsi, de subtiles volutes arabisantes proches de MUSLIMGAUZE font leur apparition, servant des vocalises parfaites de crooner hanspiré à la Scott Walker, tout en honorant le silence entre les soubrettesauts de guitare acoustique ("death of a lion", "lake of tears"). Novateur et nostalgique à la fois, ce retour inespéré oeuvre au noir le procédé visant à réconcilier des rythmes tribchauds et les nappes hypnomarbrées ("wasted soul"), comme un KIRLIAN CAMERA touché par la grâce de DEUS. Ce double-cd est de loin le meilleur argument de l’an né pour rester calfeutré chez soi, un bon verre de whisky entre les palmes...
Des brevages à la robe plus rouge inspirent à ALLERSEELEN & SANGRE CAVALLUM ce Barco Do Vinho enivrant à souhait. Les valses mécaniques et rythmes technosophiques saccadés de l’érudit autrichien Gerhard se déclinent sur des tons chaleureux - rouge comme le vin, jaune vif comme l’astre du jour, ocre comme le sol d’une arène de tauromachie, orange comme l’agrume à l’acidité savoureuse. Comme lui représentée par quatre morceaux intoxiquants, la troupe portugaise se lance dans les chansons à boire... à ceci près qu’ils ont le vin triste. D’où cette ivresse que viennent envahir progressivement la mélancolie et l’angoisse pure et dure. On regrettera juste que les deux groupes n’aient pas confronté leurs univers respectifs ne serait-ce que le temps d’une chanson, car dans l’ensemble le disque se laisse consommer sans modération.
Saluons de même le NORTH SEA RADIO ORCHESTRA dont le premier Ep ravive les extases pastorales de THE TREES ou de l’inFAMOUS JUG BAND, soit une conception du folk so british... et si contemporaine à la fois. Les vocalises d’une clarté crépusculaire enrobent de brumeuses comptines pour orgue, clarinette, piano, guitare, trompette... comme si Kate ’Lionheart’ Bush s’incrustait dans un film de Peter Greenaway, s’inspirant des vers et moucherons de William Blake ("move eastward happy earth"). Des ruines du château de Carster au port de Whitby, en passant par les shambles de York et les ruelles obscures de Londres, jusqu’aux falaises de Dover, cet orchestre miniature frappe la corde sensible, noue le noeud d’une grande émotivité. N’ai pas assez de quids pour le moent pour l’acheter, mais leur premier album CD est sorti depuis et j’enjoins tous les lecteurs anglophiles à se le procurer.
Toujours en marge, même des courants les plus marginaux, MOMUS redonne signe de vie de temps à autre. Cette année c’est par le biais de Ocky Milk que l’on peut suivre l’intellectualisation d’un esprit et d’un quotidien tortueux. De ses débuts pop chez 4ad avec THE HAPPY FAMILY et les déviances sexuelles d’un Circus Maximus à la Brel aux expérimentations synthétiques, la tension a toujours été de mise. L’a (uto)dérision aussi. De fait, ses ballades existentielles gardent une certaine naiveté, une fraîcheur que pimentent les impressions collectées lors de ses périgrinations (instruments chinois traditionnels sur "count ossie in china", bouts de phrases dans la langue de Genet...). Narrations à la Ka’spel, reliquats de bossa-nova mués en comptines new-wave, aspérités de l’electronica lunaire, hommage spleenesque à Gainsbourg ("ex-erotomane"), easy-listening tordu, perversion des codes folk ("hang low"), parodie de Perry Blake ("nervous heartbeat")... tout contribue ici à fermenter un très bon cru - et d’un modernisme indéniable en prime.
