>> gREVIEWs

Publié le : 1er septembre 2006
rentrée de vacances
the glove + hotel de ville + philip jeck + john lydon + cinema strange + xiu xiu + encre + camerata mediolanense + spiritual front + white rose mvt + h3o & c. potter & a. liles + marek + the legendary pink dots + jessica bailiff + ilybivcd + christina carter + touch records + lictd + qntal + final fantasy + killing joke + triple burner + ramona cordova + final + jesu + six organs of admittance + rose, rovine e amanti + belborn + arditi + xedh + rome

Nous y voilà donc, rentrée scolaire pour certains, de vacances pour d’autres, de nulle part pour les topiaks. Suit donc un résumé des albums ayant ponctué notre été et forgeant notre devenir, classés du plus appréciable au plus insipide, et avec (si les miracles de la technologie et mes faibles aptitudes en informatique le permettent) une nouvelle fonctionnalité : des liens directs vers le site des groupes chroniqués, il devrait suffire de cliquer sur leur nom.

Carte Postale. La carrière des CURE a toujours été jalonnée de passages critiques et de mises en abîme délicates, tant et si bien qu’à la sortie de chaque album est annoncée la séparation du groupe. Contre vents et marées, Robert Smith arrive à maintenir sa barque, en s’accordant ainsi des pauses récréatives. En .982 toutefois, le remède virait au poison, succombant aux tensions intestines et aux démons libérés par l’apothéose d’une trilogie d’une noirceur sans pareil. 17Seconds / Faith / Pornography. L’écoute de ces pierres tombales est déjà bien assez pénible, pesante et chargée, alors on ne peine pas à concevoir l’état de crispation et de désespoir dans lequel se trouvaient immergés les géniteurs de telles merveilles... Alors en tournée promotionnelle du dernier volet, Bob envoyait de chaque ville des cartes postales marquées d’un "help" écrit au rouge à lèvres à son ami de fortune Steven Severin, bassiste des BANSHEES. Ce dernier envoya donc sa bouée de sauvetage en proposant à Robert de souffler un peu en rejoignant les rangs de Siouxsie. Frustrés l’un comme l’autre par les facéties de la diva goth, ils décident d’explorer des horizons vaguement plus lumineux. Une fois la chanteuse Jeanette Landrey (au timbre vocal singeant immanquablement celui de Siouxsie) recrutée, THE GLOVE peut laisser libre cours à son inspiration dépendante des acides et autres drogues absorbés en quantités astronomidominiques, comme l’atteste la pochette de l’album résultant de ces sessions nocturnes, Blue Sunshine. On reste en famille donc - Jeanette est une amie de Budgie, on retrouvera le percussionniste Andy Anderson sur l’album The Top des CURE, les violons et violoncelles sont assurés par des proches de Marc Almond (Gini Ball, Anne Stephenson, Martin McCarrick - un futur Banshee). Certes, cela sonne comme un compromis des CURE et des BANSHEES, il pourrait difficilement en être autrement. Toutefois, l’album se distingue de par l’omniprésence de synthés ludiques et son cachet noir et blanc de films muets (le groupe se gavait de vieux films d’épouvante entre chaque session) et le tourbillon vertigineux de brumes pastelles, comme si la new-wave se travestissait en pop-psychédélique, les cauchemars ayant aussi leur place (le tuxedomoonesque "mr alphabet says", le ténébreux "a blues in drag", l’hitchkockien "relax"). La réédition de cet album se fait aujourd’hui en double-cd, réunissant les deux singles "like an animal" et "punish me with kisses" ainsi que toutes les démos, chantées cette fois-ci par Robert (laissnt ainsi deviner les esquisses des Murmures Japonais...). Que du bonheur !

Tourisme. C’est en cherchant plus d’informations sur ELIJAH’S MANTLE et son label De Nova Da Capo qu’un moteur de recherche a déniché HOTEL DE VILLE ... et pour cause, puisqu’il s’agit là du tout nouveau projet de Rhett Brewer ! Si le nom ne vous dit rien, celui de RONAN QUAYS réveillera sans aucun doute plus de souvenirs. Sous cet alias, il publiait un premier album, unique à bien des égards. Oeuvrant dans un terrain miné par DEAD CAN DANCE, il évitait allègrement le plagiat et s’élevait vers des cieux plus cléments, d’un bleu à la transparence infinie. Apprendre qu’il a depuis ce premier jet inoui produit un autre cd sous son propre nom (désormais épuisé, mais en passe d’être réédité, tout comme le RONAN QUAYS) et cet Hotel De Ville a de quoi réjouir à plus d’un titre et attiser la curiosité - sa musique est-elle restée figée sur un spleen céleste ou évolué vers d’autres sphères ? La réalité dépasse toute attente dans la mesure où HDV sublime son passé musical tout en lui instillant une touche moderne, explorant ainsi d’incroyables perspectives mélodiques. Ample et romantique, sa qualité panoramique est une invitation au voyage (au sens baudelairien), que des arrangements riches et brillants, une section rythmique downtempo, et sa voix fragile et assurée à la fois conjurent au gré d’instantanés musicaux d’où sourd une certaine religiosité. Le meilleur exemple en est "millenia", s’ouvrant sur de graves orgues d’église sur lesquels vient se greffer une mélodie trip-hop. Piano et violons se chargent par la suite d’ajouter au pathos. Si quelques gimmicks peuvent évoquer PORTISHEAD, SIGUR ROS, Perry Blake, le souffle spirituel de Rhett donne à l’ensemble son caractère personnel et inimitable. Une pure merveille !

Surf. Allez savoir si PHILIP JECK est avant tout un artiste ou un artisan ? Qu’importe après tout, puisque sa dernière trace discographique en date elabore des structures inédites en 7 plages. Issu du milieu des arts graphiques, il façonne ses pièces en utilisant un minimum d’instrument (un vieux synthé Casio, un magnétophone à bandes) et un maximum de sonorités recyclées : on lui doit de conceptuelles installations utilisant de 6 à 80 platines tourne-disques (et presque autant, sinon plus, de vinyles). La rudesse du grain couplé au caractère onirique des boucles dénote une extrême minutie du détail, un véritable souci de sculpter un langage sonore fort et émotionnel. L’orchestration habile de ces sources éparses donne ainsi lieu à de troublantes vagues d’ambient venant s’échouer contre des falaises de bruit ou de bribes de muzak surf. Certes cela requiert une écoute active et immersive, le plaisir et la surprise générés n’en sont que décuplés.

Chichis. Pygmalion de Malcom McLaren dans les années .970s, JOHN LYDON s’est vite affranchi de cette image de leader corrompu d’un contre-boys-band cradingue. Parallèlement aux accords mineurs et chaos majeur des SEX PISTOLS, il s’aventurait déjà sur des sentiers moins balisés au sein de son vrai groupe - PUBLIC IMAGE LIMITED. Deux cds ne suffisent pas à contenir tous les morceaux fétiches issus de cet esprit libertaire et arty, mais The Best Of British £1 Notes rend bien compte de son génie. Ses acrockbatiques vocalises haut-perché animent les pogos de "public image", "flowers of romance", "this is not a love song"... si les inévitables "anarchy in the uk" et "god save the queen" sont là pour illustrer la plus grande escroquerie du rock’n’roll, le reste des morceaux sont issus du répertoire disco-new-wave-dub de PIL pour notre plus grand plaisir (quoi que l’album le plus tourmenté, Flowers Of Romance aurait mérité d’être mieux représenté). En édition limitée, le deuxième cd se partage entre consensualité (les versions étirées de "disappointed" et autres tubes) et audace expérimentale (l’hypnotique "poptones", les prémices de cold sur "religion" et leurs relents sur "the pardon", la punkitude décalée de "banging the door"...). Sous la crête, les idées.

Serviette. Le cas CINEMA STRANGE a de quoi laisser perplexe. Quel intérêt y a-t-il à renouer avec autant d’application et de zèle avec les convulsions bat-cave des eighties ? A priori aucun, si ce n’est l’art de cultiver la nostalgie. Malgré tout, après un éponyme tout juste passable et un successeur plus personnel et romantique, Lucas Lanthier et ses spécimens régressent vers des sonorités emprumtées aux SEX GANG et RITUAL en Quatorze Exemples Authentiques Du Triomphe De La Musique Décorative (qui mérite la palme du titre le plus inapproprié et débile de l’année). Cette fois-ci en revanche la voix androgyne passe assez mal et n’a pas l’ampleur qu’on lui connait en concert et les compositions reprennent des gimmicks familiers (breaks compulsifs, basse très corbak, quelques riffs lorgnant vers le deathrock, un "intermezzo" instrumental façon famille Adams...). Du coup, le disque s’écoute avec le doigt rivé vers la touche Avance Rapide, s’arrêtant sur une poignée de titres propres à épuiser les dance-floors gothiques ("one time one summer", "squashed blossoms"), assez peu somme toute pour justifier son acquisition (et ce n’est pas le cd bonus où Lucas lit deux de ses textes qui nous fera changer d’avis).

Far’niente. XIU XIU joue la carte de la force tranquille avec son nouvel album The Air Force. Nul bouleversement majeur, si ce n’est celui, prévisible et pourtant radicalement efficace à chaque fois, que Jamie Stewart provoque dès qu’il les écarte - les lèvres. Complètement névrosé, le duo nous entraîne à tympan défendant dans les brèches de sa démence et dans sa chute, avec pertes (ou gain d’épure par endroits) et fracas (métallurgiques). "Watermelon vs. the pineapple" en guise de ballade faussement mellow, "save me" garde les volutes glacées de la new-wave, "boy soprano" et ses flash d’appareil photo érigés en rythmes, "the fox the rabbit" aux cordes et dissonances dignes de "jennifer"... ce ne sont pas les morceaux d’excellente facture qui font défaut, mais on aurait espéré mieux qu’une redite de La Forêt. Et pour la récré le groupe ne se foule guère plus en reprenant à son compte sur Tu Mi Piaci quelques classiques : "he needs me" (Nina Simone - plus déprimant que l’original et savoureusement ’camp’), "dont cha" (Pussycat Dolls - un tantinet brouillon), "kangaroo" (Alex Chilton - façon THIS MORTAL COIL, si ce n’est que le chant n’arrive point à atteindre Gordon Sharp sur ses cîmes), "blue berry mine shaft" (Nedelle - psycho-folk aérien) et "all we ever wnted" (BAUHAUS - chapeau bas pour cette version presque bluesy à la contrebasse et au crescendo chaostrophique).

Ancre. ENCRE a biffé de sa bile tous les mots du dictionnaire appartenant au champ lexical de la joie. Fort heureusement, un mot a échappé à cet acte de foi, et il résume assez l’esprit du live Common Chord : jouissance. De soupirs las en voluptés grisaillées, ces somptueuses envolées de nerfs branlés glacent tant le sang qu’elles embrasent les sens, contractés en une pression constante et brute, telles un Noir Désir. Un ange passe entre les spasmes et jets d’encre de sèches guitares moins communes que ne voudrait le laisser entendre le titre du disque. En concert, toutes les harmonies se tendent vers un idéal de poésie sonore, enrobée de textes finement ciselés - "galantes", "une nuit à ciel ouvert"... comme une réponse française aux puissantes décharges électriques gratinées de violons savoureux de LARSEN, SPRUNG AUS DEN WOLKEN ou encore SONIC YOUTH. Et le mot "jouissance" ne suffit alors plus à qualifier ces errances de toute beauté.

Barbecue. La discographie des milanais CAMERATA MEDIOLANENSE étant désormais difficile à dénicher, saluons l’initiative du label argentin Twilight Records qui propose avec Pankration une sélection de morceaux choisis avec une énorme dose de raffinement - tant et si bien que pour nommer les titres fétiches de cette compile il suffit de donner la playliste : "salve, mundi domine", "l’homme armé", "balcani in fiamme", "rappresentazione", "la magnifica aurora", "la madre cattiva", "madrigale", "la grande corsa", "il trionfo di bacco e arianna", "der tod". Ni plus ni moins. Moins baroque que ses compatriotes ATARAXIA, cet orchestre de chambre martial n’en est pas moins friand de néo (folk, classique, trois pets de suce-tension). Ainsi les envolées épiques s’alternent-elles avec des passages plus lyriques, tissant une fresque mystérieuse et fascinante que seul ce groupe exceptionnel sait maîtriser sans (trop) sombrer dans les stéréotypes.

Pastis. Imaginerait-on OSTARA reprenant JACK THE RIPPER (ce sont là les propos de frater Moino) ou encore Nick Cave se payant un boeuf avec AIN SOPH ?!? La réponse semble évidente, et pourtant SPIRITUAL FRONT la contredit allègrement avec ce surprenant Armageddon Gigolo. On savait Simone Salvatori fan de Michael Gira et de Ian Curtis, pourtant ces référents transparaissaient moins dans sa musique jusqu’à aujourd’hui que celui, plus évident, de Douglas Pearce. Et la fleur de s’éclore, l’oeil de Gabès de se dilater pour mieux laisser éclater ces onze gaz de balloche sordide et de fanfare licencieuse ! Outre les guitares sèches de rigueur, viennent enrichir l’espace de composition un piano, un accordéon et des violons maculés (très Matt Howden - et pour cause...) de sperme et de sueur. Si la PiJouille s’immersait dans l’univers Pasolinien, cela donnerait sans aucun doute des brûlots comme "bastard angel", "50 love through vaseline"... "Cruisin’" semble avoir été écrit pour Marc Almond, et c’est bien ce Front Spirituel qui allume ces cierges à la gloire de pénis shangrillés. Une surprise foutrement agréable !

Boomerang. Si le propre d’une vague est de retourner sur elle-même, nul n’est guère surpris ces temps-ci de voir apparaître chaque jour la "nouvelle vague de la new-wave"... Ou quand la jeunesse s’approprie les sonorités et gimmicks des générations antérieures, avec, bien souvent, la nostalgie de n’avoir pu vivre in situ les années référentielles. L’auditoire acnéïque de ce genre de groupe revival s’en inspirera probablement d’ici quelques années, générant de nouveaux hybrides et mutations sonores, que les trentenaires (et futurs fossiles) écoutent avec une oreille certes curieuse mais surtout distraite, paresseuse et figée sur JOY DIV, PIL, ECHO, KILLING JOKE, X-MAL, THE SOUND, NMA, LT-NO, SOFT CELL, John Foxx... Formations illustres que régurgite allègrement WHITE ROSE MOVEMENT dans le bordélique Kick, coup de pied dans l’aine des détracteurs de ce type de productions. Foutrement tourmenté, efficace, entraînant - comme une cure de jouvence (mais ne le criez pas trop fort, ces minots de Bristol risqueraient de prendre la grosse tête).

Ozone. Chaque nouvelle production d’Andrew McKenzie ( h3o ) met en lumière une géographie de l’intimité qui devient vite addictive. Entouré de deux autres trublions proches de NURSE WITH WOUND pour ce 3 Eggs, ses drones s’épaississent et s’étagent subtilement dans le monde physique. Résidant tous au Nord, THE HAFLER TRIO & COLIN POTTER & ANDREW LILES tissent là des plages de neige où peuvent s’entendre les fissures sourdes de la banquise ou encore le grondement des plaques tectoniques bouleversées par ces sonorités cristallines. Autour des drones familières et frôlant la perfection de McKenzie, Liles apprivoise et modèle les sons (sources concrètes, bribes de conversation...) plus ou moins aléatoirement, ajoutant de la sorte un relief accidenté à ces landes désolées que Potter se charge certainement d’appesantir avec un travail de production phénoménal - la touche sidérale, sidèrrante, sidéréelle. L’art de casser des oeufs, de s’en mettre plein les mains, de tout cradosser est aussi manifeste au premier degré ("eggs benedict"), petite touche d’humour stapletonien pour le moins oxygénante.

Plage. Pianiste de formation, Marc Rouillon alias MAREK pour les anonyntimes parfait les lignes de son electronica abstraite tout en Quiétude. Entre samples de musique classique (Bach, Ravel...) échantillonnage pointu d’instruments (cordes, hautbois, clarinette...) viennent se glisser subrepticement les aspérités et grésillements issus du mixage final au laptop. Ces rythmes légers et mélodies plutôt mélancoliques creusent un îlot au fond des nuages, où il fait bon se sentir crusoer avec cette IN_ pour seul disque... On serait tenté de rapprocher la sensibilité qui s’en dégage de COLUMN ONE, MùM, MAEKO, ADD (N) TO X, MEANWHILE BACK IN COMMUNIST RUSSIA, APHEX TWIN. Enfin, on voudrait plutôt voir Marek vendre autant de disques qu’eux.

Etoiles. En un quart de siècle, THE LEGENDARY PINK DOTS ont réussi à s’établir comme le flamand rose d’une forme de contre-culture musicale, piochant ses racines dans le rock psychédélique et l’adaptant à des sonorités et techniques d’enregistrement à la limite de l’avant-garde. Pour fêter dignement ces 25 années, le prophète de l’ombre Edward Ka-Spel et son génial comparse Silverman s’offrent deux albums, démontrant (si c’était nécessaire) qu’ils sont toujours aussi activistes et inspirés. Comme toujours, on croit savoir à quoi s’attendre, et on l’obtient systématiquement : l’inattendu. Limité à 400 copies, le double-cd Alchemical Playschool est présenté dans un coffret luxueux, fait main et pages imprimées sur un beau papier parfumé. De retour d’un séjour en Inde, Charles Powne (boss du label Soleilmmoon) avait refourgué aux LPD ses heures d’enregistrements locaux, "indian soundscapes" ayant servi de matière première à ces élucubrations expérimentales. Bribes de voix, klaxons, gongs, musique indienne captée à même les routes, vent... autour de ces fragments de vie, les Dots élaborent leur savant dosage de musique hallucinée et tourmentée. Loin d’être facile d’accès, à la manière des Malachai, cette alchimie sonore se déguste vautré au fond de coussins comfortables et baigné dans un halo d’encens de patchouli. De facture plus classique, Your Children Placate You From Premature Graves rassemble onze chansons purement dotsiennes et de véritables joyaux (le bileusement pianistique "stigmata pt. 4", la ballade pop-tordue au saxophone enjoué par ses funérailes "feathers at dawn", l’étherique "peace of mind", l’électronique air de balloche tristoune "your number is up"). SING WHILE YOU MAY !

Moule. Si JESSICA BAILIFF avait habitué nos tympans à des plages plus épurées et minimalistes, Feels Like Home ne déroge pas à la règle de l’efficacité et de l’émotion brute de décoffrage. Evitant allègrement les longueurs, ses instantanés acoustiques à la guitare ou au piano s’enchaînent à vive allure, comme saisis par une urgence et l’angoisse de lendemains qui ne viendront pas. Sa voix posée et habillée d’échos aériens manie habilement nos états d’esprit, banshee céleste accentuant l’impression de flottement que libère sa musique. Et grâce à son slow-core tout en retenue, on se sent vraiment chez soi en sa compagnie. Tendre et beau.

Colonie. I LOVE YOU BUT I’VE CHOSEN DARKNESS n’avait nul besoin d’un patronyme aussi long et explicite pour capter l’attention - Fear Is On Our Side possède tous les atouts pour enflammer les passions et raviver les doux leurres des ruptures essuyées... Comme on l’a vu plus haut, le post-punk connait un retour en force, tant et si bien qu’à force d’être post du post du post du, c’était quoi déjà au début ? bref, on finit par s’y perde au milieu de ces clones modelés sur des icônes qui s’en seraient bien passées. A l’instar de WRM, ILYBICD ne tombe pas dans le panneau ; si les influences sont clairement revendiquées (Mark Burgess pour la voix, LOVE & ROCKETS pour la section rythmique, CURE pour les guitares incisives), ces texans affichent d’ores et déjà - c’est là leur première carte de signature - une grâce qui les hisse aux côtés de PIANO MAGIC. Comparaison facile (comme toutes les comparaisons, du reste), mais bon, il faut bien que les vacances servent à quelque chose.

Ballon. CHRISTINA CARTER est peut-être plus connue pour sa contribution aux CHARALAMBIDES, avec son ex-mari Tom Carter. Agissant en solo depuis quelques années, elle égrène ses fragiles accords de guitare de manière éminemment personnelle. A l’instar de Vini Reilly, son jeu est reconnaissable entre mille. Délicat, fébrile et éolien comme le chant qui l’accompagne, il emplit l’espace de Lace Heart, où le minimalisme atteint des sommets et l’émotion n’en est que décuplée ("intentions"). Le coeur a ses raisons...

Ventilateur. Le label anglais Touch se veut toujours à la pointe de l’avant-garde et le démontre à nouveau grâce à la compilation Spire Organ Works où 17 invités livrent leur propre interprétation d’un instrument : l’orgue. Tous ont cherché à aborder l’orgue d’église sous un angle différent et mûrement réfléchi (on regrettera juste le peu de place accordée ici à l’improvisation), tantôt s’intéressant aux effets que le son produit sur le corps et l’esprit, tantôt s’attachant à rivaliser de profondeur avec J.S. Bach ou Arvo Part. Ce qui donne lieu aux drones abrasives de Leif Elggren, aux longues notes suspendues de Z’ev, à la psaume de facture classique de Marcus Davidson, au space-ambient jouant sur les saturations de Scott Minor & Christian Fennesz, à l’angoissante abstraction de Finnbogi Petursson, aux effets de banquise signés BIOSPHERE, aux boucles apaisantes de Tom Recchion, aux expérimentations engourdissantes de Lary Seven, et bien d’autres approches tout aussi originales et respectueuses de l’instrument. Aussi étourdissant que sublime.

Sorbet. Parcimonieusement actifs depuis .990, les allemands de LOVE IS COLDER THAN DEATH planchent actuellement sur leur cinquième album, et livrent en guise d’appéritif le double-cd Time retraçant leurs loyaux sévices. Une compilation quelque peu indigeste de par sa durée, là où l’essence même de leur génie se résume à la minute et cinquante secondes de "structure". Le reste appartient à l’histoire. Vocalises féminines &thérèses, masculines gruaves, percussions exotiques et beaucoup de synthés pour délivrer ce concentré de DéCaDence qui a fait les belles heures de l’heavenly-voices. DEAD CAN DANCE meets MILA MAR, pour amateurs (de guimauve) avertis.

Médiévales. Le cinquième de QNTAL , quant à lui, est bel et bien dans les bacs. Silver Swan ne déroge pas à la règle établie par les précédents, opérant un savant mélange entre musiques traditionnelles et électroniques (guère étonnant quand on songe que QNTAL réunit des musiciens du duo électro-pop DEINE LAKAIEN et du collectif médiéviste ESTAMPIE). Si certains passages rivalisent de kitsch avec nos ENIGM(ER)A, d’autres - assez rares pour être notés - arrivent à nous faire oublier les vissicitudes du quotidien et à nous faire rêvasser de temps plus chevaleresques, magnifiés par de solennels tambours et une guitare presque flamenco dont l’omniprésence relève indéniablement le niveau du disque.

Tongs. Avec ses airs de geek attardé, on aurait du mal à attendre des merveilles d’Owen Pallett, ce que son alias FINAL FANTASY contredit le temps d’un He Poos Clouds inspiré. De son travail aux côtés d’ARCADE FIRE, il garde un goût certain pour la pop irrévérencieuse et déviante, ainsi que la pompe mélodique imparable. Son opéra de poche baroque (cordes, clavecin, flûtes...) fait parfois penser à William Sheller, Polnareff, Scott Walker, MY LIFE STORY - tout et n’importe quoi donc. C’en est presque jubilatoire. C’est donc sous les atours d’une musique classique fantastque qu’il expose sa vision de la pop moderne, sans pour autant verser dans l’académisme de la première ou le primesautier de la seconde (les bileux "if i were a carp" et "i’m afraid of japan" jetant un voile inquiétant sur cet univers bigarré). Une énigme à suivre de très près.

Chaleur. Jaz Coleman et les siens mènent KILLING JOKE bon an mal an ; Hosannas From The Basement Of Hell rentre hélas dans les mauvais crus. Riffs de grattes secs et abrasifs, vocalises braillardes, rythmique speedée, du rock gothique bien gras, de bons ingrédients ("implosion" et ses airs de What’s This For, les violons arabisants de "invocation"...)... un air de déjà-entendu qui n’apporte nihil à leur discographie.

Olive. Fruit de la rencontre entre le soleil des arpèges du guitariste Harris Newman et la sécheresse des percussions inventives de Bruce Cawdron (GYBE !), TRIPLE BURNER combine des éléments de folk, de country, de blue-grass, de psychédélisme et de blues pour les intégrer à un ensemble frais et dynamique. En guise d’apéral, leur Self-Titled fait passer le temps au rythme des nuages mais supporte mal l’érosion des écoutes.

Mouette. Deux options : soit le trip folk-hippy gratiné de vocalises aigues et vibratos me casse sérieusement les couilles à force d’en avoir trop écouté soit je suis de mauvaise foi. Après les Antony, Devendra, Rufus et compagnie, RAMONA CORDOVA ouvre son bec et raconte l’histoire de Giver, The Boy Who Floated Freely, à qui veut bien l’entendre.

Parasol. Justin Broadrick est un touche-à-tout accompli, de ses débuts bruyants derrière les futs de NAPALM DEATH aux écrasements hypnotiques de GODFLESH, en passant par les expérimentations crossover de TECHNO ANIMAL, il n’a de cesse de construire un édifice sonore colossal au sens propre comme au figuré. Mais bien avant de rejoindre ou de former ces groupes, il agissait dès le début des années .980s au sein de son projet FINAL, fortement marqué par les assauts industriels de TG ou MB. Après une longue hibernation, il revient à cet indus old-school, usant de matériaux primitifs et fichtrement efficaces. Le double-cd qui résulte de cette renaissance, 3, confirme que l’assagissement n’est pas au programme, toutefois il s’aventure dans des contrées ambient sur une poignée de morceaux plutôt réussis ("little pictures", "not real"), dans la mesure où ils ne versent pas dans le soporifique creux et explorent le plus souvent des territoires verticaux et ascendants, décomposant l’épaisseur de la matière et de la lumière pour obtenir une tonalité gris-clair. Voilà une apologie du minimalisme et de la pureté du son bien ficelée. Les nostalgiques du bruit et de la fureur d’antan trouveront quant à eux leur bonheur dans le Silver Ep proposé par JESU, toujours aussi flamboyant, hypnotique et survolant des courants éoliens (ce sont surtout les voix monotones et nimbées façon LOOP qui amènent cette sensation). Un disque tour à tour atmosphérique et écrasant qui tombe à point nommé pour atténuer les éclats du soleil.

Mistral. S’ouvrant sur un nuage de larsens, le cdr 666 Days Of Blood à pressage confidentiel de SIX ORGANS OF ADMITTANCE retombe vite dans la pluie acide d’accords étirés de guitares, de riffs incendiaires et de vocalises zen. L’occasion d’entendre à quoi ressoundent les concerts de Ben Chasny (et d’ainsi ne pas regretter de l’avoir loupé tant de fois).

Procession. La troupe de Damiano Mercuri s’élargit tant et si bien que le nouveau ROSE, ROVINE E AMANTI gagne en splendeur et en densité. Produit par le label martialo-indus Cold Spring (fondé sur les cendres d’une loge saxonne du Temple Ov Psychic Youth), leur Rituale Romanum prolonge les voies néo-folk empruntées dès le début par ces romains, mais se voit illuminé par une certaine sacralité. Mettant en avant les valeurs chrétiennes qui leur sont chères, ils embellissent leur musique de vocalises presque liturgiques et majestueuses. Rien ici qui n’ait jamais été entendu (chant rappelant RENAISSANCE NOIRE, usage d’une boîte à rythme assez wave façon IN MY ROSARY, romantisme post-renaissance à la ARGINE, l’accord de guitare utilisé par DEATH IN JUNE, violons évoquant les premiers SOL INVICTUS...) et des faux-pas qui gâchent la fin de l’album, mais un amalgame de genres plaisant - en bruit de fond. Et puisque le ridicule ne tue point encore, ils s’associent à leur homologue allemand pour Grain, cd dispensable où BELBORN & ROSE, ROVINE E AMANTI livrent le meilleur d’eux-mêmes. Soit pas gran’chose.

Bouée. Entre flots déchaînés et envolées de cuivres nécéssaires à appuyer la dimension spectaculaire de cet orchestre guerrier, le quarante-cinq tours Destiny Of Iron d’ ARDITI ne manque pas de densité dramatique, loin de là - il manque juste d’à propos.

Varech. Lugubre, la musique de l’hispanique XEDH l’est assurément. Le plus surprenant est d’arriver à en rire tant les poncifs d’un genre, le death-industrial, sont exploités jusqu’à la moelle (dark c’est dark,...) :La Indiferencia Reducida cumule les dissonances électroniques, voix brouillées, murs de saturation, thèmes à la noix (mort violente, peur sans fonds, clichés de cadavres... l’expression même du mauvais goût et du jeune ado’ qui n’a rien saisi de l’aspect contestataire et social du mouvement industriel - qu’il ne connait pas du reste, sa culture musicale se bornant souvent à une esthétique type Cmi). Heureusement pour nos tympans, n’est pas BDN qui veut.

Valise. Les luxembourgeois de ROME ont trouvé pour leur single Berlin le label idéal pour ce type de production : Cold Meat Industry. Nul besoin d’en rajouter donc. Noir, mélancolique, cynique, glacial... tous les épithètes auxquels on peut s’attendre de la part du label suédois s’appliquent à ce dark-folk orchestral. Même si les circonvolutions rythmiques étouffées mettent en évidence une violence moins démonstrative que chez DER BLOB, O.R.E., DEATH IN JUNE et autres bastions sulfureux, il n’en demeure pas moins que l’originalité fait ici cruellement défaut.