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Au fil des années et des productions toujours plus nombreuses, Priko’ s’évertue à nous faire partager ses découvertes sonores, dénotant un parti-pris vers une ouverture absolue sur le monde qui nous entuore. Métissage des langues, des cultures, des religions, des courants de pensée, des traditions musicales, ses joyaux sont une véritable "invitation au voyage", Baudelairien dans le sens noble du terme. Certes, une note ethnico-ambiant point de ci de là, mais toujours dans un esprit résolument corbak, où la mélancolie s’omniprésente mais sans complaisance ni suffisance, un vague à l’âme tout en nuances...
le Unreal Book Vol. 1 de RINGE RINGE RAJA illustre bien ce propos. Imaginez un Madness accoustique (clarinette, violon/celle, guitares, percus) s’attelant à la bande originale d’un film de Carro/Jeunet : le quintet italien met une pêche phénoménale, avec un petit accent décalé et des breaks mélodiques touchés par la grâce d’une nostalgie éphémère (une "fête triste", quoi). Tziganes dans l’âme, ces napolitains proches de Francesco Banchini font montre d’une maîtrise parfaite de leurs instruments et communiquent sans mal le plaisir qu’ils éprouvent d’en tirer des instrumentaux aussi inspirés...
Inspiration toujours... Qumran, du nom d’une région de Transjordanie et plus précisément du lieu où les Essènes (une communauté hébraïque vouée à recherche de la Sagesse, de la Connaissance et de Dieu) élurent domicile de 168 avant J.C. à 68 après J.C., nous convie à revisiter certains textes bibliques Hébraïques et Chrétiens au travers du prisme musical de Francesco Banchini alias G.O.R. En un ensemble acoustique composé de percussions, cordes et bien entendu la voix et la clarinette de Francesco, ce quatrième album se compose de pièces musicales rituelles, aux mélodies élévatrices, qui, bien plus qu’illustrer les textes fondateurs et les origines communes d’un certain monothéisme, présente une unité, celle, première, de la musicalité en son rapport au sacré... C’est également la première partie d’un projet qui s’est donné pour ambition à la fois la différence et l’unité, le respect et la tolérance, par le biais de ce qui à la fois sépare et unifie le plus, le monde religieux... projet dont le second volet sera plus particulièrement consacré aux sonorités de la musique arabe, dont on voit poindre ci et là quelques influences dans ce premier volet, déjà indispensable...
Tout autant que le premier album d’une jeune recrue Bulgare : IRFAN. Allez hop, cédons à la facilité ; bulgare, donc Mystère des Voix, et par extension Dead Can Dance... Alors voui, ces noms sont immédiatement invoqués par la musique d’IRFAN, mais il ne faut pas conclure de suite au plagiat. Loin de là. IRFAN sublime les compositions éternelles des deux formes à Sion sus-mentionnées, magnifie ces influences pour transcrire une émotion qui leur est propre et qui touche au divin. Ce n’est pas pour rien qu’ils ont choisi le terme arabe correspondant au mot "gnose", IRFAN. En effet, on ne saurait dissocier l’acte de création d’une aspiration à communier avec la Lumière primordiale. Je n’use point là de blah-blah new-agisant et laisse juste parler mon coeur, qui vibre encore sous le déluge d’envolées lyriques et la passion véhiculée par ces neuf pièces.
Toujours à l’Est, RADA I TERNOVNIK dévoile Salamandra, plus traditionnel encore que ses prédecesseurs, et nous plonge dans un cabaret slave où les buveurs fantômes combattent le désespoir qui les tient à grand renfort de chants pieux. Douceur, féérie et harmonie n’excluent pas pourtant les chimères d’un Maîakovski, ainsi la voix pénétrante de Rada offre autant de chaleur qu’elle exorcise son mal-être...
Sentiments que viendra dissiper l’écoute du nouveau LOUISA JOHN-KROL, Alabaster. Issu tout droit d’un univers peuplé de nymphes (DAEMONIA NYMPHE sur "the throng on the pier"), de génies (ciao Francesco G.O.R., sur "the lily & the rose"), d’enchanteurs (hello Olaf STOA, sur "the seventh ingress"), la fée Louisa s’en donne à choeur joie pour ravir les esprits de ses mélopées fraîches et aériennes. Une pop celtico-pectrale qui ferait passer Loreena McKennitt pour une vulgaire dame-pipi, et des références littéraires irréprochables.
Des références qui ne se bornent pas à Tolkien, qui reste l’apanage de CAPRICE. Si leur adaptation des chants mystiques de Wm. B. m’avait convaincu, force est de reconnaître que Elvenmusic 2 (The Evening Of Huyatar’s Children) me parle beaucoup moins. A proportion... étant farouchement hermétique à l’imaginaire de Tolkien, cet opus de CAPRICE qui rend hommage au Saigneur des Ânes me laisse quelque peu de marbre. Certes, la musique s’ancre sans difficulté dans des abysses néo-classiques, les voix sont superbes, une poignée de titres se laisse agréablement siffloter, mais je préfère encore la rigueur baroque de Michael Nyman. A mon gran’damned - mais je me ferai violence pour tenter de percer leur magie et apprécier, qui sait (un jour ?), ce disque.
Aucun mal en revanche avec la réédition de Villers-Aux-Vents. Avec cet album COLLECTION D’ARNELL-ANDREA rompait le rythme de croisière entamé sur les trois premiers disques (qui n’étaient, finalement, qu’une prolongamélioration du superbe maxi "Anton"). Le thème même de "Villers" imposait ce changement. Les seuls synthés tristounets et la boîte à rythme essouflée des débuts n’auraient su rendre la violence du massacre de Verdun. L’adjonction de guitares (electriques ET acoustiques) donnait un souffle nouveau à cette collection, tiraillées de toutes part par les cordes (grattes, violons avec ou sans selle, curtis etc). On pense parfois aux Cranes, à cette capacité de réunir force et candeur, affliction et allégresse. Un très très bon album de CDAA (mais alors, très, très, très), agrémenté pour la circonstance par des pistes cd-rom (photos, infos, videos live...) et un remix inéditonnant, "les cendres-remixes".
