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Publié le : 19 décembre 2005
aufwartung des affen von neapel
lichens + xenis emputae travelling band + the wardrobe + esmerine + job karma + black sun productions + liber al + spires that in the sunset rise + traveling bell

Bassiste des 90 DAY MEN, Robert Lowe s’aventure du côté des drones sous l’appelation LICHENS qui a trouvé refuge chez Kranky, label idéal pour les apprentis ambient-rockers. S’il est tout aussi hardu de rentrer de pleine ouïe dans The Psychic Nature Of Being que d’en saisir l’utilité première, force est de reconnaître que sur le long terme (3 pistes réparties sur 40 minutes) ces atmosphères opaques et denses finissent par sculpter une humeur singulière, entre tension agréable et détente irritable. Ce sont d’abord les incantations profondes qui sont mises en boucle et noyées de réverbération, jusqu’à finir par sonner comme les synthés de Brian Eno, puis les guitares subissent le même traitement ; une fois la masse sonore bien posée, une guitare sèche façon "no cure for the lonely" des $WAN$ vient contrecarrer l’effet hypnotique. Assez original pour un genre musical ayant vite atteint ses limites.

Ce qu’à fort bien saisi Phil Legard, seul officiant au sein du XENIS EMPUTAE TRAVELLING BAND, dont les topiaks incantaient les langes il y a peu. Arrivé à l’âge de raison, XETB mérite d’ant plus d’être louangé au plus haut des anges. The Pyrognomic Glass fait mijoter dans le chaudron bruits bruts arrachés à Mère Nature (vent, ruisseau...), drones vocales mystérieuses, flûte, carillons, banjo... Sorte de drone-folk rural, fortement attaché au folklore anglo-saxon dont les landes brumeuses et magiques sont superbement é/invoquées ici, avec ce côté bricolage sonore qui donne au tout un air archaïque, voire intemporel.

Refusant de rester cantonné à un registre (dans ce cas, le ’folk noir’) et rarement à court de projets intérimaires lui permettant de souffler hors du prévisible SOL INVICTUS, Tony Wakeford s’acoquine avec Andrew Liles le temps d’un album signé THE WARDROBE. Cups in Cupboard ramène tout naturellement à notre bon souvenir la collaboration Wakeford/Stapleton, la formule étant sensiblement similaire (les expérimentations de l’un tempérées par l’habillage harmonique de l’autre - guitares acoustiques, violons, cor anglais, piano...), et Liles étant familier aux chemins de traverse empruntés par NURSE WITH WOUND, NOCTURNAL EMISSIONS, Andrew King... (avec lesquels il a d’ores et déjà collaboré). La comparaison s’arrête là car ce projet instrumental s’avère moins tourmenté et plus isolationniste ; les collages sonores par exemple sont soigneusement découpés puis fondus les uns dans les suivants, au lieu de déchiqueter les tympans violemment. La touche typically british, enfin, réside en grande partie dans cette atmosphère parfaitement restituée de longs après-midi pluvieux passés à siroter un thé au lait, bouillant et trop sucré, calfeutré au fond d’un fauteuil cosy à souhait... On se croirait presque dans un épisode d’Hercule Poirot, ou dans un film de Peter Greenaway dont les couleurs auraient disparues, aspirées par la poussière du temps qui s’effiloche ("moth balls", "windows").

Aussi soyeuse, quoi que plus envoûtante, la musique du duo ESMERINE revient hanter nos insomnuits. Deux ans après un premier jet d’ancre plombant, remarqué et remarquable, Bruce Cawdron et Beckie Foon plongent toujours plus en profondeur. Aurora s’ouvre sur "quelques mots pleins d’ombre", bien-nommé petit orchestre de chambre post-rock. Leur musique s’apparente là aux rayons de lune qui illumineraient une partie bien précise de la chambre à coucher, qui mettraient en vidence cette partie comme pour mieux souligner les béances, mettre en lumière ce qui reste caché, noyé dans l’obscurité. Tout n’est que question de subjectivité : l’auditeur voit ses doutes, angoisses, mais aussi certitudes & réconforts exacerbés un à un. Le violoncelle n’en peut plus de grincer, doulangoureusement, malmené par un tourbillon de coups secs portés sur la batterie, au battement de coeur d’un piano funèbre. Xylophones, marimbas, cloches, basse, viennent par la suite complèter le naufrage. Il y a bien quelque chose de titanic dans ces harmonies graves et subtiles à la fois ("le rire de l’ange" clot l’album dans un déluge de nervosité et de clins d’oeil à HANGEDUP). Un arrière-goût d’eau saline qui rend leurs compositions immédiatement identifiables et les distingue ainsi de leurs cousins GYBE ! et A SILVER MOUNT ZION ORCHESTRA.

Autre style de musique claustrophobe,et oppressive pour diners post-apocalypse à la chandelle, le collectif polonais JOB KARMA mise quant à lui sur l’électronique. Leur quatrième CD, Strike, voit le rythme prendre un rôle prépondérant et enrichir leurs froides abstractions synthétiques. On se prend ainsi de plein fouet un tourbillon de rythmes obliques, basses palpitantes, grésillements d’ondes hertziennes, sirènes de police, samples de voix anonymes, percussions ethniques... quelque part entre SCANNER, IN THE NURSERY, :ZOVIET FRANCE : et COLUMN ONE. Un disque mature, grandiose, qui se fend même d’une reprise plus Kraftwerkienne que l’originale de "radioactivity". A surveiller de très près.

Alors que leur operattAmorale tourne encore fréquemment dans nos platines, BLACK SUN PRODUCTIONS livrent déjà une nouvelle galette, Music For Porn n°1. S’étant rencontrés sur le tournage d’un film porno, Massimo & Pierce (tous deux fans de COIL) trouvent les musiques accompagnant ces productions insipides et inadaptées. D’où l’initiative de cette série de cd-rs limités à 100 exemplaires, conçus comme autant de bandes sonores. Cependant, plus que de pornographie, on sent là une recherche ingénue, un approfondissement de la magie sexuelle - l’élaboration de rites charnels qui leur sont propres et dont la musique n’est que la facade. Parfois statiques parfois plus enlevés, ces industronics intenses aux mécaniques rigoureuses érigent une symphonie techno aux harmonies extatiques. Les repères seront donc plus à chercher du côté de Astral Walk que de leur hommage à Brecht ; certains passages sonnent même presque comme du SIGILLUM S. (magnifique "rectum amatissimum" aux ambiances trance, abyssanales et rituelles). Qualifier ce disque de juteux ou de jouissif serait donc exagéré, en revanche ce sont là de savoureux préliminaires qu’intensifieront sans nul doute les prochains volumes.

Difficile d’évoquer la magie sexuelle sans mentionner l’occultistrublion Aleister Crowley... Le spectre du mage-farceur anglais (.875-.947) alimente toujours certaines productions estampillables "dark", comme la compilation Liber Al - A Celebration Of 100 Years With The Book Of The Law du label hongrois Horus. Pas moins de 25 groupes témoignent sur ce double-CD de la fascination qu’exerce sur leur Art le livre majeur de Crowley, et pas la moindre surprise. Qu’ils officient dans des voies rituelles, dark-wave, death-industrial ou néo-classique, tous font preuve d’une absence totale d’inspiration et d’un académisme terne - tristounetteries bien à l’opposé du bon-vivant Aleister. Parmi les rares exceptions, il y a le frénétique sabbat médiéval d’HEXENTANZ, la sonate macabre d’UNTO ASHES, le dub-oriental endiablé de COTTON FEROX & Genesis P-Orridge, la messe noire de PSYCHONAUT 75, les fantaisies érosynthétiques de THE CIRCUS OF THE SCARS. Le reste s’adresse plus aux amateurs de RADIO WEREWOLF, ENDVRA ou C.M.I., ce qui a par ailleurs le mérite de reléguer le "Livre de la Loi" à un chapitre des "Contes de la Crypte". Hilarant.

Fan’de chichourle !!! On voudrait nous faire croire qu’il existe musique plus barge que celle de COMUS ou Daniel Johnston ?!? Eh bien, c’est pourtant la vérité vraie. Né à Chicago et répondant au nom improbable de SPIRES THAT IN THE SUNSET RISE (d’après une ligne extraite de "l’invitation au voyage" de Bobo De L’air), ce combo féminin s’évertue à faire du wyrd-folk à la sauce no-wave. Autant dire que ce joyeux bordel donne lieu à d’hystériques extases. Entre des miaulements à la CATPOWER, le plink-ploinkage de guitares façon DEAD RAVEN CHOIR, la folie furieuse des FAUN FABLES, la mélancolie de violons pendus, flûtes et sifflets wicker-womanisés, des percussions rappelant fortement COMUS en effet, le théâtre Nô, des vocalises voguant de Nico à Marianne Faithfull. A force de grincer, couiner, hurler, éructer, froisser, partir en tous sens ces billets d’humeurs contrastées et alambiquées ne manqueront pas de vous faire réagir. Ici, on s’y abandonne corps et âme et Four Winds The Walker est diffusé en intraveineuses repeatae... Séance de rattrapage a été faite aussi en acquérant leur premier lp paru il y a deux ans chez Eclipse Records, aussi addictif, bigarré, inspiré. Et pour compléter le tableau, sans ses compagnes, Kathleen Baird signe sous le nom TRAVELING BELL deux très belles démos : Scatter Ways et Lullaby For Strangers. Toutes deux sont à paraître sur support CD sur le label Secret Eye, dirigé par Jeffrey "Boo-ooh THE IDITAROD r.i.p." Alexander. Si l’écriture lorgne vers tata Kristin Hersh, les miniatures sonores sont quant à elles indescriptibles. Guitares, casio, jouets, clochettes, flûte, participent à ce puzzle imaginatif et tranquille.