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Publié le : 5 décembre 2005
aspettando la scimmia di napoli
looking for europe + goethes erben + sopor aeternus + unto ashes + kiss the anus of a black cat + badgerlore + chris smith & the ivytree + of + xxl + black sun productions + kate bush

Looking For Europe. Tout un promilligramme. En 4 CDS, le label teuton Prophecy tient à rendre compte du passéprésentfutur du pseudo-mouvement "neofolk", ou plutôt "neovolk" vu le nombre de formations allemandes et autres brunbruns représentés ici. L’objet se veut exhaustif (râté) et luxueusement présenté (pâté), sous le format d’un mini-livre - marron, ja whol - renfermant les 4 disques et un copieux livret d’une centaine de pages (fort heureusement traduit en anglais pour les non-eislichtophiles). Outre quelques savoureuses perles littéraires ("the main man behind SOL INVICTUS is the heavy weight Englishman Tony Wakeford" ou encore "DER PORCIN from Vienna, Austria, must surely be one of the most humorous as well as notorious projects of the scene", et bien d’autres...), ce livret tombe dans les même travers que la biographie française de DEATH IN JUNE ; à savoir tenter de lever le voile sur une certaine ambiguité tout en jetant de l’huile sur le feu quelques lignes plus tard. Bref, tous les clichyés et assimilindusations hasardeuses y passent et la démarchilitaire même d’une telle initiative m’écharpe complètement. Seul point positif : la sélection de très bons morceaux, voire d’inédits pour certains (+), et un faible pursangtâche d’horssujets (LAIBACH, KIRLIAN CAMERA, NON). Muziek ! Des pionniers pour donner au tout un caractère studieux : Scott Walker, Nico ("you forgot to answer" en concert - ça facilite toujours les questions de copie-raille-thé), Paul Giovanni, THE STRAWBS (+)... Les acteurs de la première vague : DEATH IN JUNE, SOL INVICTUS (+), SORROW (+), FIRE & ICE, OSTARA, ANDREW KING (+)... Le quota de copistes appliqués venant de la patrie de Wagner (environ 1/4 de la compile)... Le gratin de la scène italienne, résolument la plus mériditerroriginale : AIN SOPH (+), ATARAXIA, CAMERATA MEDIOLANENSE, ORDO EQUITUM SOLIS, ARGINE, T.A.C.. Les activistes isolés, qui n’ont au final que peu de choses en commun avec cette scène et sur lesquels il faut compter : GAË BOLG (+), SCIVIAS, ROMOWE RIKOITO, ALLERSEELEN, HAGALAZ’ RUNEDANCE... Mais aussi nombre de groupes ricains, paradoxallemand parmi les plus intéressants, là où le livret ne cesse de répéter combien le message premiaire du courrant neo-folle quiche porte sur les dangers de l’américanisation de la vieille Evropa (mode ::triplerouladetopiak :: ON) : CHANGES (+), BLOOD AXIS (+), IN GOWAN RING, WALDTEUFEL, LUX INTERNA... Trois surprises de taille enfin : la réhabilitation de THE ROYAL FAMILY & THE POOR, les tambours du TEST DEPARTMENT qui n’ont pas ridé d’un prix, et un inédit de THEE MAJESTY - adaptation du poème de Wm. Blake, "theE little black boy" - qui tranche radikalement avec le reste des morceaux, confirmant ainsi la singularité pérennielle de Sa Majestée Genesis P-Orridge. Au final, de la bière et des saucisses comme sur toute compil à Sion digne de ce NON !

Ahr... extirpés eux aussi du tiroir "sous-venirs", GOETHES ERBEN met un terme à un hiatus discographique de quatre ans avec Dazwischen. Dix ans que je ne m’étais repenché sur la musique d’Oswald et de Mindy, désireux d’en rester à une vivimpression et une admirespect immesurées à leur Niemandsland. Ils ont du en vivre des choses et en composer depuis, mais qu’importe. Ici et maintenant, c’est cet album tout chaud qui nous occupe dans les prés. Les inénarrables narrations innées d’Oswald n’ont rien perdu de leur superbe. Toujours ça de pris. Musicalement par contre, ça se résume à un hybride entre romantisme Curiste, light-motif faustien, revival celte et stéréotypes dark-wave (synthés trance-schtroumpfissimes, murs de guitares allah rame Einstein). Le pire pour la fin : "schwarzes wesen" exhumé d’un passé glorieux, passé à la moulinette grothisque/dance, fini d’achever mes illusions. Le réveil va bientôt sonner. Peut-être entamerons-nous la journée en écoutant le dernier album qu’ait enregistré GOETHES ERBEN, ce groupe que l’on aimait bien - LEBEN IM NIEMANDSLAND.

Et pour mieux plomber cette nuitnée, le coffret Like A Corpse Standing In Desperation fera l’affaire. De quoi faire une overdose de SOPOR AETERNUS & THE ENSEMBLE OF SHADOWS, ce coffret limité à 3000 exemplaires contient un DVD, 3 CDs, badges, poster, livret, reproduction de pochettes... Mini-cercureuil ne présentant toutefois aucune nouveauté, car il reprend les morceaux issus de la première démo d’Anna-Varney, les quelques morceaux placés sur des compilations, le maxi The Goat, trois mini-albums épuisés (Ehjeh Ascher Ehjeh, The Jugglers Of Jusa, Flowers In Formaldehyde), une poignée de démos sorties de dessous les faggots (ahem). Le tout a beau avoir été sensiblement retouché par un des maîtres du son 4ad, John A. Rivers, cette sortie a du mal à dissimuler sa volonté mercantile, faisant de l’hermybride Anna-Varney une Mylène Farmer du riche. Dommage. "The goat", "saltatio crudelitatis", "anima II" et "saturn impressionen" méritaient pourtant traitement plus digne.

Après ces menues déceptions, arrivent enfin les gourmandises et récompenses... Quatrième alboume déjà pour UNTO ASHES, Grave Blessings asseoit leur polymorphisme musical. Complexe et malléable, toute en trompe l’oreille, leur musique brasse tant d’instruments et d’influences qu’il serait importun de tenter de les ranger dans une catégorie quelconque. De plus, les fêtacances approchant, ai d’autres matous à câliner et la flemme de décrire le tourbillon d’émotions que procure UNTO ASHES dont je reste un admirateur inconditionnel. Offrez-vous ce disque, offrez-le, mais ne passez pas à côté de cette occasion d’appréhender le divin qui vous est offerte...

Dans la famille des noms de groupe les plus improbables, KISS THE ANUS OF A BLACK CAT n’est pas loin de rafler la palme ! Encore que parler de groupe pourrait induire en erreur, puisqu’à l’initiative de ce projet se trouve un seul (bel, par ailleurs) homme : Stef Heeren. Le jeune compositeur belge signe avec If The Sky Falls, We Shall Catch Larks une carte de visite époustouflante de maturité. Si certaines sonorités laissent à lui imaginer une famille putative (CURRENT 93, PSYCHIC TV, $WAN$, BAD SEEDS, 16 HORSEPOWER, VOLTAIRE, ACID MOTHERS TEMPLE), ce minou superstitieux reste farouchement indépendant et sort ses griffes dès "sevenfold" (5:31). Harmonium limite atonal, un riff de guitare acoustique entêtant, tambourins autistes, e-bow, chant rauquincantatoire, choeurs dédoublapocalyptiques, comme si JACK THE RIPPER se reconvertissait en grand maître d’un rituel folk abstrait. Pour le moins surprenant. Pour le funèbre "nihil... as in nihilism" (8:14), la voix se tend en de malades raideurs, se force en de nerveux relâchements, se désarccorde au bout de plafonds désespérés pour renvoyer cette noirceur au nez des ans dès que martèlent les tambours, accentuant l’aspect krishnesque du morceau (joué au tampura). Avec un son trouble, crade juste ce qu’il faut, "sighing, seething, soothing" (19:17) jusqu’auboutise ce plongeon dans la dématérialisation cathartique (pluie de clochettes, piano libre et haletant, instruments hindous, drones vaporeuses, une bourrasque electrique au bon moment). Dernier conte fantasmatordu, le chimérique "almost silver" (5:58) parfait cet équilibre entre les extrêmes, l’acoustique et l’électrique, l’abnégation et la passion, le maussade et l’enjoué... almost gold. Il est trop rare qu’une musique soit à ce point orgasmique pour ne pas le souligner. Dont acte.

Auteur d’un album confidentiel au titre évocateur, on considérait BADGERLORE comme une parenthèse résultant de la rencontre entre Rob Fisk (7 YEAR RABBIT CYCLE, Free Porcupine Society) et Ben Chasny (SIX ORGANS OF ADMITTANCE, COMETS ON FIRE, CURRENT 93). Stories For Owls contredit cette présomption, pour notre plaisir - du reste. Assemblage de guitares acousthéniques, de piano ivrimprovisé, de drones perturbantes et de vocalises venteuses / planantes, ce nouvel opus s’éloigne un peu plus du folk-expérimental pour créer un hybride surprenant (les invités, Tom CHARALAMBIDES et Pete YELLOW SWANS Swanson, y sont certainement pour quelque chose). L’absence de percussions rend la musique d’autant plus éthérée et mercurielle, soulignant l’effritement des illusions par ces béances, ces fractures par lesquelles la grâce fait irruption. L’anxiété perce aussi sous des stridences qui doivent beaucoup à l’anesthésie de la perception temporelle, témoignage corrosif de hautes solitudes.

Joli vinyl que le 10" que se partagent CHRIS SMITH & THE IVY TREE. A raison d’une face par artiste, FatCat frappe toutefois par sa vacuité. CHRIS SMITH oeuvre dans les drones bruyandures, THE IVYTREE (un des alias de Glenn Donaldson, membre du collectif Jewelled Antler) mène son folk singulier vers des pâturages de plus en plus verdoyants. Les deux projets sont bien ficelés et exécutés, mais l’union des deux sur un même disque me laisse perplexe.

N’étant pas particulièrement dans un état de réceptivité totale, j’hésite longuement avant de glisser dans la platine les deux CDs sortis cette année par Loren Chasse, autre tête pensante des bienaimés Jewelled Antler... Pour au final se retrouver conquis par les productions de ce nouveau projet : OF. Délaissant les splendides sphères de folk aérienaturaliste de son duo avec Donaldson, THE BLITHE SONS, Loren s’attarde sur The Quartz Pond à instaurer des ambiances post-isolationnistes. Ici, l’orgue prévaut et ses longues notes se distendent progressivement jusqu’à donner lieu à de so(m)bres drones et nous faire oublier l’instrument dont émanent ces sonorités inédites. The Buried Stream s’ouvre sur un mode similaire, en plus abouti et incorporant un zest de musique concrète ("underground cloud"), puis bifurque vers des collages plus industrieux ("the jut of rock" dont les percus évoquent le côté tribal des premiers SAVAGE REPUBLIC ou TEST DEPT., là où la toile sonore ferait davantage penser aux trépanations du système auditif orchestrées par PREMATURE EJACULATION). Guitares acoustiques traitées et bric-à-brac sonore ("axes"), une nature grouillante d’insectes au crépuscule ("glowing prints"), un choeur de clochettes bourdonnantes et de synthés glauques ("the coral fungus"), une guitare électrique non raccordée à l’ampli pour une courte ballade slave proche d’HALA STRANA ("many marriages"), carillons, fracas de chaînes, synthés volants non identifiés, grand orgue ("mud vowels"), triangle et harpe zen ("the guidepost")... Un voyage pour l’oreille pour lequel semble avoir été crée le terme MONUMENTAL.

Qu’on se le dise, XIU XIU est le groupe le plus hyperturbé qu’on ait connu depuis le VELVET UNDERGROUND, le plus extradéprime depuis Nick Drake, le plus architendu depuis JOY DIVISION, le plus gigarévolutionnaire depuis THROBBING GRISTLE, le plus supradéjanté depuis les VIRGIN PRUNES, le plus mégaurbain depuis EINSTURZENDE NEUBAUTEN, le plus maxiémouvant depuis TALK TALK, le plus superpuissant enfin depuit feu $WAN$. Alors, pensez ce que peut rendre la rencontre entre Jamie Stewart et le collectif italien LARSEN (fans des Jeunes Dieux eux aussi)... un mégagroupe XXL pour lequel les superlatifs viennent vite à manquer. En quelques accords névralgiques Ciautistico ! réunit les talents chaméléonesques des participants, tous portés par un sentiment d’urgence irrémédiable, un troplein à évacuer au pluvite. Tout ce qui ne procède pas de cet élan semble vain, d’où une concision extrême du ton, des morceaux. Chaque note pointire, cochonnette nos émotions au gré d’une noisy mistrale, d’électronicart décadent/décalé, de superimposition des genres et une plongée dans l’expérimentation pure et dure. Bien que bouclé en l’espace d’une poignée de jours, cet album impromptu et hors-normes regorge de ’tubes’ potentiels, de passages de bravoure, d’airs magnifiques qui perforent l’ouïe avec une extravagante immédiateté. Avec en guise de cerise sur le gâteau déjà fort copieux une reprise déchaînée d’ADAM & THE ANTS (le pirate-punk "prince charming"), yaaaarghhh... Des repeats à foison, une sauvagerie exutoire, du bonheur en brique, tout ce que vous voudrez, mais vivement la suite des opérations !

En attendant, autre type de collaboréussite : BLACK SUN PRODUCTIONS présente son OperettAmorale, adaptation inspirée de textes écrits par Bertolt Brecht (et à peine la moitié du disque reprenant les airs musicaux de Kurt Weill). "Brother tango" ouvre le bal sur une bourrasque passionnée d’accordéon, violons, mandoline, guitares et de très légers traitements électroniques, rappelant assez LARSEN (normal, compte tenu du fait que Fabrizio Pallumbo est invité sur une bonne partie des morceaux), et l’on entrevoit déjà quel type de chef d’oeuvre nous attend. La voix torride de Lydia Lunch vient inonder "the ballad of sexual tendency" de semences nocdiurnes, relayée au chant par Massimo & Pierce sur "pimp ballad", tango post-rock ponctué de blip-blips électroniques bien sentis (right where it hurts...). Prostitution et sodhommie toujours avec les riffs neilyoungsiens de "ratschlage", et crescendo d’angoissourde ("seerauber" avec la participation subliminérale de Hr Giger et les cordes de Julia Kent, la marchastrale synthétique "johnny over the sea", le flambroyant "a list of wishes" interprété par COIL... jusqu’au funèbrimant "what keeps mankind alive ?"). Massimo & Pierce réstituent à merveille dans ce cabaret post-industriel la décadence et le caractère subversif de Brecht, tout en le transposant dans un modernité fort à propos, avec beaucoup de génie (un chouïa plus que Marc Almond, bien que ça m’irrite la queue de le reconnaître).

Qui peut s’offrir le luxe de marier des nuages synthétiques façon The Orb à une rythmique pop des plus efficaces sans sombrer dans la variétoche de Madonna ("king of the mountain") ? Qui peut évoquer les cours anglaises d’Elizabeth Prems en une ballade médiévalisante en diable qui aurait converti les tribus celtes à un esprit chevaleresque ("bertie") ? Qui peut arracher des larmes endeuillées en énumérant tout simplement des chiffres ("pi") ? Qui peut conter les mystères des taches ménagères dépourvue d’ ^ et miauler "machine à laver" par-dessus un piano romantique tout en inspirant crainte & respect comme du temps de "the wedding list", ce sans jamais paraître ridicule ("mrs bartolozzi") ? Qui peut se targuer de sonner authentique et loin de la plaque en jouant de gimmicks pinkfloydiens ("how to be invisible") ? Qui peut aller de mieux en mieux et tenir la longueur tout autant que l’attention de son auditeur sur deux cds ? Nulle autre que KATE BUSH, revenante que la maison d’Usher ne saurait accueillir tant son Aerial regorge de vie, et comble à point un break de douze ans. Pas moins de deux cds pour célébrer ce retour aux sources d’une pop délicate (le premier disque, renouant avec la diversité de l’épique Hounds Of Love) et d’une new-wave expérimentale (le deuxième disque, orchestré par un trio jazzy, des oiseaux, un piano aérien). Dans l’ensemble assez détendu et apaisant, un régal.